“Apprendre plusieurs fois la même chose, c’est cela l’ouverture d’esprit.”
Fils et petit fils d’escrimeur, j’ai eu la chance de pouvoir moi aussi pratiquer ce sport pendant une quinzaine d’années. Dans cette discipline, j’ai appris le respect de l’adversaire, celui de l’histoire de ce sport et donc de l’étiquette liée à sa pratique.
Parallèlement à cette pratique, je me suis passionné pour les pays asiatiques et l’histoire. Principalement l’Indonésie dans ma très jeune enfance puis le Japon à l’adolescence. J’ai très rapidement été attiré sur la forme par le folklore populaire des samouraïs avant de m’y intéresser sur le fond de façon plus sincère.
Ayant dû arrêter la pratique du sport pendant quelques années, j’ai souhaité reprendre une activité. Très rapidement, mes recherches se sont portées vers la pratique de l’arme blanche et par facilité, à nouveau vers l’escrime.
Mais à la lecture du Gorin No Sho, il est dit que la facilité n’est pas la Voie. J’avais soif de me rapprocher de cette Voie que peu ont suivie. Appréhender les raisons de cet enseignement et sa finalité. Si tant est qu’il en ait une.
Après quelques recherches, j’ai eu connaissance d’une école en France qui propose d’étudier le sabre en bois selon les indications de Miyamoto Musashi. J’ai intégré cette école et commencé à en suivre l’enseignement.
Dès le premier cours, j’ai appris énormément. Etre débutant est une chance qui ne se reproduit jamais deux fois dans une pratique. Chaque effort produit nous éloigne de cet état. Les chemins disponibles au début sont de moins en moins nombreux. Contrairement à l’importance de l’individualisme de notre société d’aujourd’hui, la seule solution envisageable est de tirer le plus grand nombre vers le haut. On progresse donc toujours en s’appuyant sur les connaissances portées par les autres. Je suis certainement aujourd’hui le plus débutant de tous les élèves que je connais et je mesure cette chance que j’ai.
La pratique de la stratégie du Niten Ichi Ryu amène à apprendre définitivement. Cela ne veut pas dire que nous n’aurons plus rien à apprendre lorsque nous seront arrivés au terme de l’apprentissage de la Voie. Mais, au contraire, de ne plus jamais se satisfaire et d’être heureux chaque jour de ne pas tout savoir. On comprend alors qu’on aura la chance toute sa vie de continuer à apprendre et que la vie n’est faite que de moments qui se substituent les uns aux autres. On ne cherche plus alors à rêver de ce que l’on fera, mais on vit dans la réalité de ce que l’on fait.
J’ai longtemps essayé d’étudier seul, de faire le plus d’efforts qu’il m’était possible de produire. Ou plutôt que je me sentais capable de produire. Mais en réalité, ces efforts ne sont qu’une infime portion de ce que nous sommes tous capables de faire. La Voie de Musashi m’a permis de m’améliorer tout en conservant ce que je suis au plus profond de moi.
Comme le conseille Musashi, je ne me suis pas limité à une pratique unique. Toutes les pratiques doivent être étudiées. Non pas pour qu’elles soient toutes suivies, mais qu’elles nous soient connues. Apprendre et connaître sont les piliers de ce que nous pourrons apprendre et connaître. Il ne faut donc pas les négliger et les considérer comme acquis. Il ne faut jamais les reporter et encore moins les repousser.
Cette Voie qui a traversé les âges est très certainement plus actuelle que jamais. Chaque mot du Gorin No Sho peut être lu un millier de fois comme la première. On pourra le comprendre différemment à chaque fois. On peut apprendre plusieurs fois la même chose. C’est cela l’ouverture d’esprit.
Les Samouraïs sont très souvent considérés comme ayant peu d’amour pour la vie et trop pour la mort. En réalité, c’est l’inverse. Il faut vivre comme si nous étions déjà morts et mourir comme si nous devions encore vivre après. Une mauvaise lecture des textes évoquant les Samouraïs amène à des erreurs graves. Mais ces erreurs ne sont pas le fait d’une Voie, mais bien d’une certaine lecture intéressée. Et l’essence même des Samouraïs est d’être désintéressée. Le fanatisme n’est donc pas la Voie.
La pratique du sabre n’est qu’un vecteur de cette Voie. En aucun cas l’unique moyen de pratiquer. Par la pratique, j’ai compris cela. Dans le Niten Ichi Ryu, nous n’apprenons donc pas le sabre, ni le moyen de tuer. Nous apprenons à défendre la vie et à donner la nôtre pour y arriver. Quel qu’en soit le vecteur, y compris le sabre.
Un élève débutant

